Erasmus en balade en Bavière

Le blog de Martin, alias Spiff, Erasmus à Nuremberg.

25 janvier 2006

Bamberg

  Avec un retard certain (et pas forcément excusable), les photos de la sortie du 10 décembre à Bamberg.
  Classée au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1993, ça vaut sérieusement le détour (pour les intéressés, Le Routard, p.557 et suivantes). Pour comparer les choses comparables, c'est assez différent du Havre...

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En plein milieu la mairie...

  Et la particularité qui me plaît le plus à Bamberg, c'est leur Altes Rathaus (ancien hôtel de ville, je traduis, on sait jamais), construit en plein milieu du fleuve sur une île artificielle. Et là on se retrouve en plein Astérix (Le grand fossé, à déconseiller sinon) : les habitants de la rive gauche et de la rive droite n'arrivant pas à s'entendre sur le lieu le plus adéquat pour abriter les délibérations de leurs édiles décidèrent de les exiler au seul endroit consensuel, c'est à dire à mi-distance entre les deux rives...
A ça, il faut rajouter que la fresque ornant la façade est en 3D, la jambe d'un chérubin a été sculptée en prolongement de la peinture, on rentre dans le roccoco-pop art, presque aussi marrant que le baroque protestant (lequel, soit dit en passant, rappelle l'austérité du roman catholique...)

  Photos dans l'album éponyme (tout en haut à droite).

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21 janvier 2006

Formalisme

  Plus on vit en Allemagne, plus la tarte à la crème de la sociologie des relations franco-allemandes se distingue clairement. Le concept sous-entendu est le culte de l’apparence, de la forme des Français, opposé à la recherche de l’authenticité des Allemands. L’exemple couramment cité : en France, on offre les fleurs emballées dans leur papier transparent qui fait « crouic-crouic » que la fleuriste a préparé avec soin pour rehausser l’aspect du bouquet ; en Allemagne, que nenni, le bouquet sera emballé dans du papier Kraft recyclable, papier dont on se débarrassera tant bien que mal pour présenter le bouquet tel qu’on l’aurait cueilli dans le champ d’à côté. Donc l’apparence, le tape-à-l’œil d’un côté contre l’authenticité de l’autre.

  Cet exemple est tout à fait extrapolable à la présentation d’un travail universitaire quelconque. En l’occurrence, en période de stress pré-examen, nous étudierons la méthode de réponse à une question d’histoire classique (La crise de 1929 ; Nationalismes et pacifismes dans l’entre-deux-guerres ; etc.).

  Le Français aura entre trois et quatre heures pour répondre à la question. La dissertation comportera une introduction avec accroche, explicitation des termes du sujet, délimitation, problématique et plan ; suivi d’un développement en deux ou trois parties équilibrées, chacune divisées en sous parties et liées par des transitions ; et enfin, une conclusion avec rappel de la problématique, réponse, et ouverture. La méthode est connue, inculquée à l’étudiant à coup de plans détaillés pendant dernières années de lycée et les premières d’université.

  L’Allemand, lui, aura une heure dans laquelle il répondra de manière plus ou moins (surtout moins, d’ailleurs) à la question en plaquant l’une derrière l’autre les diverses informations qu’il aura appris par cœur. Si le correcteur est vraiment exigeant, il réclamera une introduction et conclusion sommaire. Et assurément, cette requête déstabilisera l’étudiant outre-rhénan.

  Je reviens à mon thème, dans les deux cas, les mêmes informations auront été couchées sur le papier, seule l’apparence du devoir permettra de distinguer la copie allemande de son homologue française. Et pourtant, je continue de préférer notre méthode, c’est tellement plus agréable à relire, on sait où veut en venir l’auteur, ça permet même d’éviter de lire ce dont on a pas besoin.

  En guise de conclusion, à méditer : chez les Allemands, la « Dissertation », c’est la thèse de doctorat…

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17 janvier 2006

Et mon cauchemar devint réalité

„Danke dass Sie so schwachsinnig waren mein Rad mitanzuketten“

En substance : « merci d’avoir été assez imbécile pour cadenasser mon vélo ».

Et ça, c’était le petit mot accroché à mon vélo hier soir.

Je tiens donc à exprimer ici publiquement mon plus profond regret quand à ce geste malencontreux de ma part. Mon cauchemar de cycliste est devenu réalité, il faut désormais l’exorciser, l’extérioriser, et repartir de l’avant.

Bon, et maintenant un peu de mauvaise foi, ça n’a jamais tué. Il suffisait que vous démontiez votre câble de frein, et vous libériez votre fier destrier de ce cadenas indus, mais solide. Qui plus est, par ce froid, ce n'était pas prudent de circuler à vélo, surtout que la neige cache les plaques de verglas.

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02 janvier 2006

Voeux de saison

Bonjour tout le monde

En ce début de nouvelle année, permettez moi de vous souhaiter à tous

une bonne et heureuse année 2006 !

et

ein frohes neues Jahr !

A bientôt sur la toile, dès mon retour à Nuremberg.

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23 décembre 2005

La ponctualité, politesse des rois

  Nouvelle étude sociologique poussée sur fond de « c’est quand même vachement mieux sur la rive Ouest du Rhin ». Le thème du jour sera une analyse croisée des habitudes en terme de courtoisie et de politesse, le développement se décomposera de manière chaotique, comme on me l’a désappris ici.

  Ancrer le sujet dans le réel : avez-vous déjà vélocipédé à Nuremberg, il est fort probable que non, sinon vous ne seriez pas là me lire. Laissez moi vous dire que si les Alsaciens conduisent avec une légendaire courtoisie, c’est une caractéristique propre, assurément non apportée lors d’un des nombreux échanges transfrontaliers des derniers siècles. Parce que le klaxon, c’est l’arme favorite du conducteur nurembergeois, le moindre désagrément, le moindre ralentissement, le moindre piéton pas parfaitement à sa place y aura droit. Avec bien sûr la palme décernée aux chauffeurs de taxi qui ont de plus une forte tendance à profiter du feu orange annonçant le passage au vert pour faire un départ digne de Schumi.

  Autre point, particulièrement agaçant : pensez vous qu’approcher son nez à moins de 5 centimètres d’une porte est dangereux ? Intuitivement je répondrais que oui, d’autant plus si l’on est en plein mouvement. Comment en arrive-t-on à de telles situations ? Le plus simplement du monde, n’oubliez jamais que le probabilité que votre prochain (qui en l’occurrence vous précède pour le passage d’une quelconque entrée) vous tienne la porte avoisine à vue de nez les 50%, donc vorsicht !

  Dernier point relatif au thème : saluer les gens. En France, ça a le mérite d’être simple, entre étudiants du moins, les hommes se serrent la main avec virilité (ou pas), les filles reçoivent 2, 3 voire 4 bises. Point. En Allemagne, chez les hommes ça reste simple et invarié. Le problème réside dans la manière dont un garçon doit saluer une fille, segmentons :

            Cas 1 : ils ne se connaissent pas - ils se serrent la main de manière distante, presque gênés de cette intrusion dans l’intégrité physique d’autrui

            Cas 2 : ils se connaissent et sont du Sud : ils se font la bise deux fois

            Cas 3 : ils se connaissent, sont plutôt nordiques : ils s’embrassent, au sens étymologique du terme, s’entend

            Cas 4 : il est aussi possible de combiner les cas 2 et 3, pour ne pas complexifier la chose…

  Conclusion sur ce point, saluer les gens est toujours une période d’hésitation, de remise en question, d’analyse psychologique intense, qui trop souvent répétée peut pousser à des comportements misanthropes et asociaux se résumant à un coucou de la main, accompagné d’un grand sourire. Là au moins on a juste à tous les coups.

  Votre serviteur a mené son enquête auprès des premiers concernés : les allemands sont-ils différemment éduqués que nos gentilshommes français ? Il est deux types de réponses. Possibilité 1 : l’Allemand est foncièrement égoïste, ne se soucie pas du prochain dans la mesure où celui-ci n’appartient pas à son groupe de connaissance, ne se soucie pas non plus du regard des autres, de la vie des autres. Avantage, ça évite de se poser des questions métaphysiques inutiles, inconvénient, ça nuit réellement à la bonne humeur. Autre hypothèse avancée par les sondés, la politesse allemande a existé, mais s’est perdue avec la fin de ses hérauts, en même temps que le Reich. Elle aurait persisté en France du fait de cette tendance déjà souvent étudiée commune à chaque classe de vouloir imiter les manières de celle directement supérieure, le tout reposant sur l’étiquette en vigueur à la cour du Roi Soleil.

Comme d’habitude, la vérité se situe quelque part au milieu, le tout c’est d’être prévenu.

Pour ne pas finir en croyant que descend en flèche mes sympathiques hôtes outre-rhénaniens, pour l’excité des montres à l’heure que je suis, il est certain que les allemands ont un sens de la ponctualité on ne peut plus appréciable. Il est aussi à noter que comme dans d’autres sociétés, le fait d’être présenté a une réelle signification, et rend les rapports beaucoup plus chaleureux.

  Si vous êtes arrivés jusqu’ici, vous avez gagné le droit de m’insulter dans les commentaires, moi je vous dis à bientôt pour une analyse ironique de l’humour allemand.

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13 décembre 2005

Anecdotes diverses

Train-stop :

  Il existe dans le portfolio d’offres promotionnelles de la Deutsche Bahn des Landesticket, billets valables un samedi ou un dimanche dans tous les trains régionaux d’un Land pour la somme forfaitaire de 24 Euros (en Bavière au 13.12.05) pour un groupe jusqu’à 5 personnes. Dans un objectif de voyage « preisgünstig », on fait difficilement mieux.

L’astuce, découverte samedi dernier mais qui semble assez répandue, consiste à trouver quelques personnes qui voyagent ensemble, leur demander quel billet ils ont acheté et leur destination, et le cas échéant se greffer sur leur Bayern-Ticket. Le principe même de l’auto-stop, mais extrapolé au train, prodigieusement ingénieux, et à coup sûr « günstig »…

  Dans la même optique, on trouve aussi des petites annonces à l’université d’étudiants rentrant chez eux pour le week-end et cherchant des gens pour partager un Bayern-Ticket.

  Merci la Deutsche Bahn !

Les français à Nuremberg :

  Comment reconnaît-on les français sur les pistes de ski ? C’est les seuls qui s’arrêtent en plein milieu pour discuter, recréant le temps d’un thé l’ambiance de Check Point Charlie et Ramallah réunis… Ben en Allemagne, c’est pareil, comment reconnaît-on le touriste français se rendant au marché de Noël ? C’est celui qui marche ou stationne au milieu de la piste cyclable.

  En cycliste de base, je donne de violents coups de sonnettes, puis m’exclame dans la langue de Goethe, pas de réaction. Je remarque que ça parle français, qu’à cela ne tienne, je m’exclame donc dans la langue de Molière - heureusement pour moi que les Japonais sont disciplinés…-. Et là, c’est le drame, un des touristes adresse cette avertissement au groupe : « Eh les mecs, y’a le Boche derrière qui voudrait passer ». Bonjour l’ambiance. L’avantage, c’est que quand je leur ai expliqué que depuis Napoléon Nuremberg n’était plus un territoire conquis, ils ont parfaitement compris - ou du moins sur le plan linguistique.

  Et malgré ça les Français ont plutôt bonne réputation ici…

Voilà pour aujourd’hui, à venir, les photos de Bamberg, samedi dernier.

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09 décembre 2005

Erfurt, 21 églises, un marché de Noël

  A trois heure de car de Nuremberg, la capitale de la Thuringe, ville de Bach et Luther, … - STOP ! - Ca, on le trouve dans le Routard, le Lonely Planet et le Michelin de l’Allemagne réunis, pas la peine, donc que je récrive ce que ces grands dramaturges ont produit. - Parenthèse, « dramaturges », car qui n’a pas au moins une fois dans sa vie été confronté au drame du restaurant chaudement recommandé par le Routard plein à craquer de français en vadrouille, étalant négligemment leur guide sur la table pour profiter du café offert par la maison ? Passons -

  Je disais donc, 6 heures de bus pour 7 heures sur place, on fait difficilement plus touriste… mais bon, on est là aussi pour ça, non ? Moi ce que j’en dit, c’est que si les bus nous déposaient dehors et qu’on prenait le tram pour entrer en ville, on économiserait déjà une demi-heure, je peux même leur dire où il faut le mettre le parking, en plus c’est à côté de l’aéroport, on peut pas faire plus multimodal.

  Visite haute en couleur de la ville, j’avais jamais vu un guide haranguer les passants, chasser ses collègues qu’il accuse de violer son espace sonore, et compter fleurette à l’accompagnatrice de 30 ans sa cadette… Informations intéressantes absentes du Routard (j’ai vérifié, si, si). A l’époque où Luther faisait son droit à Erfurt, l’eau était le liquide le plus déconseillé en ville, du fait de la pollution de la ville aux plans moyenâgeux. Conclusion, les étudiants se voyaient octroyer 2 Mass de bière le soir. Normal pour un Erasmus de base, peu pour un bavarois me direz vous… oui, mais ce que vous ignorez c’est que la Mass de l’époque faisait un peu plus de 1,6 L, soit 3,2 L chaque soir… ça devient sérieux. Après vous étonnez pas qu’il voie des trucs sur les murs de sa cellule. Plus tard, à la Wartburg, le Chevalier Jörg, aka Martin Luther, se verra attribuer des quantités comparables de vin rouge, là ça rigole plus, mais il semblerait qu’il ait eu quelques problèmes d’adaptation quand même.

La vieille ville est sympathique, un peu plus authentique peut-être que Nuremberg, très bien restaurée en façade. Conclusion, allez voir une ou deux cours, ou écartez vous du flot de touristes. Du château surplombant la ville, les strates architecturales sont assez nettes…

  Voilà, sinon y’a aussi un marché de Noël.

Photos disponible dans l’album éponyme.

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07 décembre 2005

Phrase du jour

"Rien ne vous isole plus que de tendre la main fraternelle de l'humour à ceux qui, à cet égard, sont plus manchots que les pingouins"

Romain Gary,
in La promesse de l'aube, 1980

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02 décembre 2005

Photos rafraîchissantes

  Profitant de belles conditions anticycloniques, j'ai bravé le froid continental de la nuit nurembergeoise.
Conclusion, faut vraiment que je découpe un paire de gants pour pouvoir garder la majorité des doigts au chaud quand je prend des photos...

  Nouvelles photos dans l'album "Nachts"

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Traduttore traditore

  Partant d’une expérience vécue et troublante, revue non exhaustive des subtilités de l’entente franco-allemande.

  Recevant lundi soir dernier, je me lance dans la préparation d’îles flottantes, les blancs d’œufs sont battus et prêts à être pochés, quand j’avise la bouteille de lait qui devait servir à la crème anglaise. Ne voulant pas risquer un incident diplomatique, la bouteille a fini dans l’évier. Conclusion, quand vous avez des blancs battus en neige, sucrés qui plus est, la seule alternative est de les reconvertir en meringues. Sitôt dit, sitôt fait. Je vous passe le récit des quatre heures de cuisson, mais 50 °C, même si ça cuit doucement, ça doit quand même pas être assez… Bref, trêve de digressions, j’apprend par Svea, la seule allemande de la colloc que je viens de cuisiner des « Baisers ». Devant mon air interloqué, elle me confirme que c’est le nom qu’on donne en français, non ? Le dictionnaire confirme l’aberration.

  Première explication à chaud (80 °C sinon ça cuit pas…), le « in » de « meringue » est tout à fait imprononçable pour un allemand, donc ils ont pris un autre mot, paradigme de la galanterie française, et qui sonnait bien. Et selon la littérature spécifique, ils en ont aucune idée visiblement, à part que Kuss (un baiser, en allemand) était déjà pris par les têtes de nègres, dont la recette est proche de la meringue.

  Pour que vous ayez l’impression d’avoir encore appris quelque chose, d’autres exemple de récupération hasardeuse. « Die Visage » (tiens, c’est devenu féminin au passage), c’est une tête pas nette, qui vous revient pas. « Die Bagage », à l’origine les civils accompagnant l’armée, deviennent les gens qui justement ont un « Visage », la racaille comme on dit par chez nous.

  Il en reste plein, mais point de plagiat je ne ferai.

Source : Doutriaux Claire, Karambolage, Petites mythologies française et allemande, Editions du Seuil/Arte Edition, 2004. Merci Mirjam !

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